CS-Fusion.com s'intéresse de plus près à la scène eSportive de nos voisins du nord. Coup de projecteur sur un petit paquet de frites croquantes mais malheureusement encore trop secouées et pas encore arrivées à maturation.

merci à BaH, Lan-Area.be, les interviewés et aux flamands!
Les français ont des préjugés sur les belges, que véhiculent des personnalités comme Jean Claude Vandamme, le Chuck Norris national. La Belgique c'est un pays où rien ne va comme il faut d'après une personne interrogée au hasard parmi la myriade de belges que je connais. Il n'a pas tout à fait tort, mais il faut savoir que rien n'est blanc, rien n'est noir ; tout est gris donc sale, un peu comme en politique ! Sur ce point de vue je suis certain que tous autant que vous êtes, vous avez entendu parler de la crise politique en Belgique.
D'un point de vue jeu-vidéo ludique on peut dire que la Belgique a réellement du mal à relever la tête et à la maintenir à hauteur. Qu'est-ce qui rend les choses si compliquées pour nos voisins du nord et qu'est-ce qui fait du cas de la Belgique un cas unique ?
Le problème linguistique est prépondérant dans cette problématique et son implication touche différentes strates de la scène au sens large. Le manque de maturité, de professionnalisme et l'instabilité présente peinent à faciliter les choses. Petit pays, petit budget et petit public = intérêt moins important pour de potentiels sponsors ou investisseurs.
L'information
D'un point de vue informatif, depuis la mort de netGen, le seul site francophone qui parle d'eSport est Lan-Area.be. Les francophones de Belgique se tournent alors sur les sites français que sont aAa, esportsfrance et cs-fusion.
Du côté néerlandophone on retrouve bescene qui ne fait que le coverage de la scène belge, mais restera toujours plus ouvert à la communauté du nord du pays, étant donné que la langue du site est le néerlandais. Les flamands peuvent toujours se consoler avec gamelux.nl qui est le site de référence aux Pays-Bas.
A moins de comprendre suffisamment bien l'anglais que pour se payer une petite tartine sur sk-gaming, ou de profiter de l'admirable travail de MIRA sur Gotfrag, ces solutions sont les seules que les joueurs belges possèdent, et qui tendent à séparer le nord et le sud.
« Les wallons suivent plus la scène française que hollandaise par exemple juste à cause de la langue »
BaH, Lan-Area.be
La compétition
Sur internet au jour d'aujourd'hui, les tournois vers lesquels les joueurs peuvent se tourner sont pour les francophones :
Les leagues et tournois français, l'ESL.benelux (site en néerlandais), les cups belgo-néerlandaises (digibattles,…) qui permettent aux joueurs de se mesurer à des équipes belge et néerlandaises, ou encore les tournois 100% hollandais. Il n'existe donc aucun tournoi national belge à ma connaissance. La scène étant relativement réduite, le rapprochement avec les Pays-Bas est logique, mais les langues parlées sur les différents sites cités ci-dessus sont soit le néerlandais, soit l'anglais. Exit donc le français ou le bilinguisme national ! Ce n'est pas quelque chose de dramatique, mais pour favoriser l'échange et pour opérer un mélange entre le nord et le sud il est indispensable de retrouver les deux langues présentes.
Le problème se pose aussi en LAN puisque la langue de la LAN est la même que celle sur le territoire sur lequel elle est organisée ! La Belgique n'est pas un très grand pays et il n'est pas si difficile de se déplacer d'un bout à l'autre du territoire, à moins de ne pas en avoir les moyens. Etant donné que chacune des communautés linguistiques a été habituée à faire les choses de son côté, retrouver une mixité importante et constante dans de nombreuses LANs est une chose que l'on ne risque d'apercevoir que dans quelques années, si les choses vont de l'avant.
Les équipes (
listing des équipes présentes
)
Dans un pays linguistiquement morcelé, les joueurs des deux communautés préfèrent privilégier l'anglais entre eux, sans doute par facilité et accessoirement par crainte de faire des erreurs ! Le capitaine de la formation nationale belge a du faire un choix en ce qui concerne le 5 majeur qui défendra les couleurs du pays de la bière ; son choix s'est orienté autour de la communication. C'est pourquoi les cinq joueurs sont tous néerlandophones.
Toute équipe qui espère percer un jour connait la clé de la réussite. Il n'y a pas de remède miracle, car pour arriver à quelque chose de productif, il faut un climat de confiance et de stabilité. La scène noir jaune rouge n'est pas un exemple en ce qui concerne la stabilité. Là vous allez me dire que la scène mondiale n'est pas non plus super stable et que la scène française ne l'est pas particulièrement. Sachez cependant qu'en Belgique, la scène n'est pas comparable à celle de l'hexagone car il y a d'une part un manque de moyens, et d'autre part, leur atomicité et leur niveau n'est pas du tout le même.
De plus, les changements de line-up et les naissances de teams mortes-nées sont fréquents. A qui la faute me direz-vous? Aux joueurs qui s'empressent à mon humble avis, d'annoncer la création d'une nouvelle équipe bien trop rapidement, sans avoir pris le temps au préalable de jauger les personnalités de chacun et d'accorder le tout. Il faut d'abord trouver les 5 perles rares et les maintenir groupées quoi qu'il arrive, afin de ne pas se remettre totalement en question après un petit échec bien trop souvent insignifiant, mais auquel les joueurs accordent beaucoup trop d'importance.
La Belgique est un petit pays en pleine croissance e-Sportive; elle manque d'initiative et d'investissement afin d'uniformiser la pratique de ce sport sur son territoire en limitant l'impact de la langue sur sa pratique au sens large. Il est certain que les choses ne changeront pas du jour au lendemain et que le processus, s'il aboutit, sera relativement long. Avoir des idées est une chose, les concrétiser et leur donner les moyens de durer en est une autre.
Quoi qu'il en soit, les joueurs au skill modeste des deux communautés se valent pour la plus part. A titre informatif sachez qu'une team du top belge, hormis les désormais ex-#1 que furent les defusekids atteignent tout au plus le niveau d'une team « sub-top fr ». C'est dans le but de faire le bilan en ce début de saison que je suis allé à la rencontre de quelques teams francophones présentes à la STARLAN 16. Les quelques formations néerlandophones interrogées n'ont pas donné de signe de vie depuis près d'une semaine. Sachez que j'ai appris ce dimanche soir qu'une des deux formations s'est vue forcé de remagner son line up... quel coïncidence! Ce n'est donc pas involontairement qu'aucun représentant flamand n'est présent dans ce dossier.
« Ce n'est même pas de la corruption que de choisir tes potes dans les teams que tu choisis. C'est qu'ils sont quand même tous nuls alors faut faire un choix »
VGS (joueur modeste à la grande gueule qui dit franco ce que vaut la Belgique niveau skill par rapport à ses voisins; des exceptions existent cependant)